Une jeune fille exploitée jusqu'à la mort
"Lila, être esclave en France, et en mourir" : c'est le titre d'un livre consacré à une jeune Malgache qui a été, quatre ans durant, exploitée comme domestique dans une famille, en Ile-de-France. Cette abominable situation serait à l'origine de sa mort. Récit.
Lila avait 14 ans quand elle est arrivée en France. Avec en tête l'espoir de pouvoir suivre des études et se faire un peu d'argent grâce à du baby-sitting effectué pour une famille originaire, comme elle, de Madagascar, et résidant en banlieue parisienne. Mais quatre ans plus tard, Lila est renvoyée au pays, quasiment mourante. Une femme qui l'a alors rencontrée dans l'avion, décrit une enfant décharnée, qui tenait à peine debout.
Six jours après son retour à Madagascar, Lila meurt. Car malgré son état de santé, la jeune femme n'a vu aucun médecin. Les parents du couple parisien l'ont en effet prise en charge, non pas pour la soigner, mais pour l'empêcher de parler. Ses proches, du coup, ne l'auront aperçue que quelques secondes, suffisamment pour l'entendre glisser : "Je n'ai pas voulu tout ça, j'étais malheureuse." Et, surtout, lâcher cette phrase terrible, lourde de sens : "Je devais dormir avec les invités." Ce n'est qu'au moment de l'enterrement que la famille de Lila aperçoit les ecchymoses qui couvrent son corps.
L'enquête, elle, ne démarre que deux ans et demi plus tard. Lorsqu'un témoin, pris de remords, décide de soulager sa conscience. L'homme venait souvent dîner chez le couple qui employait Lila. Pourtant, l'enquête s'enlise. La collaboration franco-malgache laisse à désirer, et les juges d'instruction chargés de l'affaire, cinq au total, se succèdent. Finalement, le couple, pourtant mis en examen pour "séquestration torture, non-assistance à personne en danger", et même "viol" - des chefs d'accusation très lourds -, bénéficie, en juillet 2009, d'un non-lieu. Pas de procès en perspective, donc.
Ce dénouement, Dominique Torrès ne l'accepte pas. La fondatrice du Comité contre l'esclavage moderne publie avec le journaliste Jean-Marie Pontaut un livre, intitulé : Lila, être esclave en France et en mourir. Les deux auteurs ont enquêté à Madagascar et rencontré les parents de la jeune femme.
Un recours a été déposé devant la chambre de l'instruction, qui doit décider dans les semaines à venir si elle décide de rouvrir l'affaire. Dans ce cas, il faudra alors repartir de zéro, et réinterroger tous les témoins. Sinon, il restera la Cour de Cassation, puis la Cour européenne des droits de l'Homme. Une chose est sûre, des années vont passer avant le dénouement de cette terrible affaire. (source Europe 1)
"Lila, être esclave en France, et en mourir", aux éditions Fayard












